Autres Spiritualités Et Athées

Athéisme et choix moraux

L’athéisme, entendu ici comme l’absence de croyance en un dieu,ne constitue pas à lui seul une morale ou un programme politique.Les personnes athées peuvent avoir des conceptions différentes de la justice et de la société. Je m’intéresse ici aux pensées qui proposent des raisons de respecter autrui et de lui venir en aide,sans faire dépendre ces devoirs d’un commandement divin.


L’humanisme séculier et la dignité humaine

La Déclaration d’Amsterdam de 2022, publiée par Humanists International, présente une morale fondée sur notre capacité à souffrir et à nous épanouir. Elle associe la raison à la compassion, affirme la dignité de chaque personne et lie la liberté individuelle à la responsabilité envers les autres. Elle soutient également la coopération entre des personnes de convictions différentes. [1] Cette démarche rejoint, à mes yeux, la Lex Unica: reconnaître la valeur de notre propre vie nous invite à prendre au sérieux celle d’autrui. Le respect mutuel devient ainsi une responsabilité humaine que nous pouvons comprendre et exercer sans référence religieuse.


Reconnaître chez autrui les mêmes besoins

Dans La Morale universelle, d’Holbach part de la sensibilité humaine. Nous recherchons le bien-être, craignons la douleur et souhaitons recevoir de l’aide lorsque nous en avons besoin. Puisque les autres éprouvent des aspirations comparables, il en déduit des devoirs de bienveillance et d’assistance. Il étend cette considération aux étrangers et condamne les haines religieuses ou nationales qui ferment le cœur à nos semblables. [2] Le rapprochement avec la loi unique est précis : ce que nous savons de notre propre vulnérabilité nous aide à comprendre pourquoi nous devons respecter celle des autres.


Vouloir du bien et comprendre comment aider

Dans What I Believe, Bertrand Russell associe une vie bonne à l’amour et à la connaissance. La bienveillance donne une raison d’aider ; la connaissance permet de chercher des moyens adaptés.Il souligne qu’une intention généreuse peut produire de mauvais effets lorsque l’on comprend mal la situation. [3] Pour la pratique de la Lex Unica, j’en retiens qu’il faut aussi écouter la personne concernée et s’informer avant d’agir. Nous souhaiterions que ceux qui veulent notre bien prennent en compte nos besoins réels, sans décider à notre place de ce qui devrait nous rendre heureux.


Le communisme et l’émancipation humaine

Dans le Manifeste du parti communiste, Marx et Engels envisagent le dépassement d’une société divisée en classes antagonistes. Ils présentent comme horizon une association dans laquelle le développement libre de chacun rend possible celui de tous. [4] Ce projet politique comporte une transformation profonde de l’organisation économique. Le rapprochement que je propose avec laLex Unica porte sur son aspiration à l’émancipation : une société devrait permettre aux personnes de développer leurs capacités, au lieu de faire de leur existence un simple moyen au service des autres.

Je vois dans cet idéal une dimension collective du respect d’autrui. Notre attention peut porter aussi sur les conditions de travail,l’accès aux ressources et les formes de dépendance qui empêchent certaines personnes de vivre dignement. Ce rapprochement exprime ma lecture du projet ; il ne signifie pas que les différentes doctrines communistes se réduisent à une règle de conduite personnelle.


Tenir compte des capacités et des besoins

Dans la Critique du programme de Gotha, Marx examine les limites d’une répartition fondée uniquement sur le travail fourni : les capacités des personnes et leurs charges familiales diffèrent. Pour une phase supérieure de la société communiste, supposant notamment une abondance des ressources collectives, il envisage que chacun contribue selon ses capacités et reçoive selon ses besoins. [5] Ils’agit d’un horizon associé à des conditions économiques précises, et non d’une description des sociétés existantes.

Marx prévoit aussi qu’une partie des ressources communes serve aux écoles, aux installations sanitaires et au soutien des personnes incapables de travailler. [5] J’y vois une manière d’organiser l’entraide dans la durée. Chacun peut connaître une période où ses besoins dépassent sa capacité à produire. Reconnaître cette possibilité pour nous-mêmes nous aide à comprendre l’intérêt de protections collectives pour les autres.


La réciprocité chez Kropotkine

Dans La Morale anarchiste, Kropotkine formule explicitement le principe de traiter les autres comme nous voudrions être traités dans des circonstances semblables. Il affirme aussi que les anarchistes renoncent à infliger aux autres ce qu’ils refuseraient de subir eux-mêmes. Il relie cette réciprocité à l’égalité et au refus de l’exploitation. [6] Le lien avec les deux formulations de la Lex Unica est donc particulièrement direct.

La prise en compte des circonstances me paraît essentielle. Se mettre à la place d’une personne demande de comprendre sa situation, ses préférences et ses difficultés. Nous pouvons alors chercher à lui accorder la considération que nous attendrions dans une situation comparable. Cette démarche laisse à chacun sa liberté au lieu de supposer que tout le monde souhaite vivre de la même façon.


Examiner les pratiques autant que les principes

L’idéal de fraternité ne suffit pas à garantir le respect des personnes. L’histoire de l’Union soviétique sous Staline comprend la répression politique, les arrestations arbitraires, les camps de travail forcé et la censure, documentés notamment dans les archives présentées par la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. [7] Ces faits concernent des pouvoirs et des politiques déterminés ; ils ne définissent pas les convictions de toutes les personnes athées ou communistes.

Pour moi, une doctrine doit pouvoir être examinée à partir de ses effets sur les êtres humains. Un projet de bonheur collectif perd son sens lorsqu’il justifie la persécution de ceux qui le contestent. La Lex Unica invite donc à appliquer aux moyens employés la même exigence qu’aux buts annoncés. Cette attention prolonge la réserve exprimée plus haut à propos des idéologies et des religions qui cherchent à imposer leur autorité.


Une liberté de conscience réciproque

La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme l’égale dignité des êtres humains et les appelle à agir dans un esprit de fraternité. Elle reconnaît aussi la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi que la liberté d’opinion et d’expression. [8] Ce cadre commun peut réunir croyants et non-croyants. Si nous souhaitons pouvoir examiner, choisir ou abandonner une conviction, nous avons une raison d’accorder cette même liberté aux autres. La bienveillance peut ainsi accompagner un désaccord sans exiger que chacun pense comme nous.


Les raisons de croire

Il n’existe pas une raison unique de croire. Les motivations sont nombreuses et peuvent se mêler : la difficulté à accepter la mort, l’espérance d’un paradis, la recherche d’un sens ou le besoin de sécurité.Je retiens ici quelques aspects qui me paraissent particulièrement importants.


Le mystère de l’existence

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Comment tout a-t-il commencé ? À ce mystère, la seule réponse que je parvienne aujourd’hui à envisager est celle d’un Dieu créateur qui, lui-même, n’aurait pas été créé. Cette réponse relève de la foi : elle permet de penser une origine à l’existence, même si l’idée d’un être incréé dépasse ce que la raison parvient aisément à concevoir.

Tous les athées ne font pas de cette question une préoccupation centrale. Certains préfèrent la laisser ouverte, considérant qu’une réponse pourrait demander encore beaucoup de temps. Cette attitude me paraît compréhensible.

Dans la réflexion que je propose, l’existence forme un tout unique : même si plusieurs niveaux de réalité sont envisageables, tout ce qui existe appartient à ce même ensemble. Pour celui qui attribue cet ensemble à un créateur, l’idée d’un Dieu unique peut alors s’imposer.C’est ainsi que je comprends l’une des intuitions du monothéisme.

Prenons l’exemple des moutons. Ils vivent auprès des humains sans connaître le destin que ceux-ci peuvent leur réserver, jusqu’à les transformer en produits vendus dans les supermarchés. Leur perception du monde diffère de la nôtre, mais ils appartiennent à la même existence que nous. Cet exemple illustre la différence que je fais entre une réalité perçue et l’ensemble de ce qui existe.


Le besoin de sécurité

La nature humaine fournit une autre piste. Comme les autres êtres vivants, nous recherchons la sécurité ; même les animaux sauvages ont besoin de se protéger.

Un croyant convaincude connaître Dieu, qu’il considère comme l’Être suprême, peut se sentir soutenu et protégé dans un monde incertain, parfois violent. Sa foi lui offre alors un point d’appui.

Des personnes athées peuvent trouver un soutien comparable dans des liens humains, par exemple au sein d’un parti politique ou auprès de personnes influentes. L’appartenance à un groupe et la proximité de figures protectrices peuvent leur apporter confiance et sérénité, sans qu’elles aient besoin d’une réponse religieuse au mystère de l’existence.

Pour le croyant,Dieu présente l’avantage de n’avoir, dans sa foi, aucune puissance au-dessus de lui. Pour celui qui s’appuie sur une protection humaine, le soutien est visible et accessible. Il s’agit de deux manières différentes de répondre à un besoin de sécurité.


Un principe commun pour vivre ensemble

Il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour vivre de manière altruiste et enharmonie avec les autres. La foi ne conditionne ni la capacité ni la responsabilité de respecter autrui. La Lex Unica s’adresse donc à chacun :


Ne faites pas auxautres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent.


Si cette règle guidait les actes de tous, la Terre pourrait rapidement devenir un paradis. J’en retrouve l’esprit dans les religions comme dans les traditions de sagesse non religieuses. C’est ce caractère universel que je souhaite mettre en lumière sur ce site.

J’espère contribuer ainsi à une entente fraternelle entre des personnes différentes, autour d’un principe simple et réalisable. Son application appartient à chacun : personne ne peut agir à notre place, mais nous pouvons tous commencer par notre propre conduite.

Seul ou engroupe, chacun peut pratiquer cet art de vivre, à tout moment et entout lieu.

Il n’est nécessaire ni de croire en Dieu ou en un dogme, ni de pratiquer un culte, ni de former une communauté organisée. La communauté que j’envisage est avant tout une communauté d’esprit, réunie par une même attention aux autres.

Comme le chante JohnLennon : « I hope someday you will join us... »

Merci de m’avoir lu. Si cette démarche vous intéresse ou si vous avez des questions,vous pouvez me joindre par le formulaire de contact. J’espère avoir rendu mon propos clair. Il revient maintenant à chacun d’essayer, à sa mesure, de rendre le monde un peu plus humain.

À bientôt,peut-être.


Références

Les références sont cliquables. Les idées des auteurs sont reformulées dans le commentaire ; les rapprochements avec la Lex Unica expriment la lecture proposée sur ce site. Les sources en anglais sont signalées ci-dessous.

[1]Humanists International, Déclaration d’Amsterdam 2022, points 1 et4. Dignité, compassion, responsabilité et coopération. Version française sur la page officielle.

[2]D’Holbach, La Morale universelle ou Les Devoirs de l’homme fondés sur sa nature, 1776, chapitre « De l’Humanité ». Réciprocité et attention aux personnes d’autres nations ou religions.

[3]Bertrand Russell, What I Believe, 1925, chapitre II, « The Good Life». Le rôle de la bienveillance et de la connaissance. Texte anglais sur Wikisource.

[4]Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848,deuxième partie, notamment le dernier paragraphe. Développement libre de chacun et de tous. Traduction française, Marxists Internet Archive.

[5]Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875, première partie. Fonds collectifs, limites du droit égal et répartition selon les besoins. Traduction française, Marxists Internet Archive.

[6]Pierre Kropotkine, La Morale anarchiste, sections VI et VII.Réciprocité, égalité et refus d’imposer un idéal aux personnes. Texte français, Bibliothèque anarchiste.

[7]Library of Congress, Revelations from the Russian Archives, «Internal Workings of the Soviet Union ». Sections sur la répression,le Goulag et la censure. Présentation et documents d’archives enanglais.

[8]Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948, articles 1,18 et 19. Texte français reproduit par le Conseil de l’Europe.

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