Islam

Compatibilité avec la loi unique

La relation à Dieu s’accompagne, dans l’islam,de devoirs envers les autres. Le Coran et les hadiths, qui transmettent notamment des paroles et des actes attribués au prophète de l’islam, contiennent de nombreux appels à la bienveillance. Ces textes donnent un fondement religieux au souci du prochain. Ils permettent aussi de comprendre pourquoi le respect d’autrui peut être considéré comme une manière de mettre sa foi en pratique.



Une bienveillance demandée par le Coran

Le Coran formule cette exigence de manière directe : « Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. » (16,90) [1] La bienfaisance apparaît ici comme une conduite demandée par Dieu. Le croyant est appelé à agir avec justice et à apporter du bien autour de lui. Ce passage fournit donc un premier appui clair à l’idée que la bonté envers autrui fait partie des devoirs du musulman.

Le verset 4,36 précise les personnes auxquelles cette bonté doit s’adresser. Il mentionne notamment les parents,les proches, les orphelins, les pauvres, les voisins et le voyageur.[2] Cette énumération élargit le regard au-delà du cercle de ceux que l’on aime spontanément. Elle attire l’attention sur les personnes que l’on côtoie et sur celles qui peuvent avoir besoin d’aide. La bienveillance prend ainsi une forme concrète dans la vie quotidienne.


Souhaiter aux autres le bien que nous souhaitons pour nous

Un hadith rapporté par Al-Bukhari relie la foi au fait d’aimer pour son frère ce que l’on aime pour soi-même. [3]Cette parole invite chacun à prendre ses propres aspirations au bonheur et au respect comme point de départ pour comprendre celles d’autrui. Le terme de frère est compris, dans la traduction citée en référence, comme désignant le frère dans la foi. D’autres textes permettent toutefois de montrer que le souci des autres peut dépasser cette appartenance commune.

Dans un hadith rapporté par Muslim, le prophète recommande de traiter les gens comme on souhaite être traité par eux. [4] Le rapprochement avec laLex Unica est ici particulièrement net. Celui qui souhaite être respecté, écouté et traité honnêtement est invité à accorder aux autres la même considération. À mes yeux, cette réciprocité donne une expression positive à la règle qui consiste à ne pas faire subir à autrui ce que nous refuserions de subir nous-mêmes.


La bienveillance envers les personnes de toute croyance

Le Coran aborde explicitement les relations avec ceux qui ne partagent pas la foi musulmane. Le verset 60,8 affirme que Dieu ne défend pas aux croyants de se montrer bienfaisants et équitables envers ceux qui ne les ont pas combattus pour leur religion et ne les ont pas chassés de leurs demeures. Il rappelle également que Dieu aime ceux qui agissent avec équité. [5] La différence religieuse ne constitue donc pas, dans ce passage, un motif pour refuser la bonté à une personne qui vit pacifiquement avec les musulmans.

Un récit rapporté par At-Tirmidhi illustre cette attitude. Après qu’un mouton a été abattu pour sa famille, AbdAllah ibn Amr demande avec insistance si une part a été offerte à son voisin juif. Il rappelle alors une parole de Muhammad surl’importance des recommandations de l’ange Gabriel en faveur du voisin. [6] Le partage est ici le geste d’un compagnon du prophète.Ce récit montre comment l’enseignement sur le voisin pouvait être appliqué à une personne d’une autre religion.

Le devoir de justice demeure même lorsque les relations sont mauvaises. Le verset 5,8 demande aux croyants de ne pas laisser leur hostilité envers un peuple les conduire à commettre une injustice. [7] Cette exigence rejoint une difficulté essentielle de toute morale : respecter aussi les droits de ceux que nous n’aimons pas. Nos sentiments personnels ne nous donnent pas tous les droits sur eux.


Aider sans humilier et répondre au mal avec discernement

La solidarité occupe également une place précise dans le Coran. Le verset 2,177 associe la foi à des actes tels que donner de ses biens aux personnes dans le besoin, secourir les orphelins et les voyageurs démunis, et respecter ses engagements.[8] La générosité se traduit par une aide réelle, parfois au prix d’un effort ou d’un renoncement personnel. Elle invite à tenir compte de la situation d’autrui, même lorsque celle-ci ne nous touche pas directement.

La manière d’aider compte elle aussi. Le verset 2,263 préfère une parole bienveillante et le pardon à une aumône suivie d’un tort. [9] On peut y lire le souci de préserver la dignité de celui qui reçoit. Donner quelque chose ne justifie pas de rabaisser ensuite la personne aidée. Cette attention rejoint la Lex Unica : lorsque nous avons besoin des autres, nous souhaitons recevoir leur soutien sans être humiliés.

Face à l’hostilité, le verset 41,34 invite à repousser le mal par ce qui est meilleur et présente la possibilité de transformer une relation d’inimitié en amitié. [10] J’y vois un encouragement à chercher une réponse qui apaise le conflit. Le croyant est ainsi appelé à réfléchir aux conséquences de sa conduite, au lieu de laisser la colère décider seule de sa réponse.


La responsabilité envers les autres fait partie de la foi

Un autre hadith rapporté par Muslim rend cette responsabilité particulièrement claire. Il décrit une personne qui se présente au jugement avec des prières, des jeûnes et des aumônes, mais qui a aussi insulté, calomnié, dépouillé ou frappé d’autres personnes. Ses bonnes actions servent alors à dédommager ceux auxquels elle a fait du tort. [11] Dans ce récit, les pratiques religieuses ne dispensent donc pas de répondre du mal causé à autrui. Le comportement envers les autres engage directement la responsabilité du croyant devant Dieu.

La confiance en la protection de Dieu peut apporter aux musulmans du réconfort et de la force. La croyance en une rétribution à la fin des temps peut également soutenir l’espérance en une justice ultime. Les textes évoqués ici montrent que cette espérance s’accompagne d’une attention aux conséquences de nos actes sur les autres.

Sans prétendre réduire l’islam à une seule règle, j’y vois plusieurs fondements qui rejoignent la Lex Unica :

Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent.

Cette règle porte sur notre conduite envers les autres. Elle ne demande ni d’abandonner une croyance, ni d’adopter un nouveau culte. Dans la démarche que je propose, elle peut accompagner la pratique de l’islam et rappeler, dans les situations ordinaires, les exigences de justice et de bienveillance que ces textes expriment. Elle nous invite à reconnaître chez autrui le même besoin de respect et de bonté que chez nous-mêmes.

Références

Pour le Coran, le premier nombre indique la sourate et le second le verset.La citation entre guillemets reprend la traduction de Muhammad Hamidullah publiée sur Quran.com. Les hadiths sont résumés en français d’après les traductions anglaises publiées sur Sunnah.com, où le texte arabe est également consultable. Chaque référence ci-dessous est cliquable.

[1] Coran,16,90, An-Nahl— Équité, bienfaisance et assistance aux proches.

[2] Coran,4,36, An-Nisa— Bonté envers les parents, les personnes vulnérables et lesvoisins.

[3] SahihAl-Bukhari, hadith 13— Aimer pour son frère ce que l’on aime pour soi-même.

[4] SahihMuslim, hadith 1844a— Traiter les gens comme on souhaite être traité par eux.

[5] Coran,60,8, Al-Mumtahanah— Bienfaisance et équité envers les non-musulmans qui ne combattent ni ne chassent les croyants de leurs demeures.

[6] JamiAt-Tirmidhi, hadith 1943— Abd Allah ibn Amr et le partage avec son voisin juif.

[7] Coran,5,8, Al-Maida— Rester juste malgré l’hostilité envers un peuple.

[8] Coran,2,177, Al-Baqarah— Foi, aide matérielle et respect des engagements.

[9] Coran,2,263, Al-Baqarah— Valeur de la parole bienveillante et du pardon.

[10] Coran,41,34, Fussilat— Répondre au mal par ce qui est meilleur.

[11] SahihMuslim, hadith 2581— Responsabilité pour les torts causés à autrui malgré les pratiques religieuses.