Judaïsme
Les 10 commandements
Les dix commandements occupent une place centrale dans la tradition juive. Ils figurent notamment au chapitre 20 du livre de l’Exode,dans les Écritures de la première Alliance, que les chrétiens appellent l’Ancien Testament. Je les reproduis ci-dessous selon la présentation retenue sur ce site. La référence biblique est Exode 20, 1 à 17. [1]
1 - Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.
2 - Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements.
3 - Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain.
4 - Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.
Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes.
Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.
5 - Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne.
6- Tu ne tueras point.
7- Tu ne commettras point d'adultère.
8- Tu ne déroberas point.
9 - Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
10 - Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.
La loi universelle dans la première Alliance
Dans la lecture que je propose, les six derniers commandements, du cinquième au dixième, expriment une exigence commune : respecter autrui. Ils rejoignent ainsi le second des deux grands commandements de Jésus, présenté dans la rubrique consacrée au christianisme.
Les premiers commandements concernent principalement la relation à Dieu. Celui du repos comporte également une dimension religieuse et une dimension sociale. Sans nier leur importance pour les croyants, je concentre ici mon propos sur les préceptes qui peuvent être suivis indépendamment de toute foi.
Pour une personne athée, comme pour un croyant, je propose de lire les six derniers commandements à la lumière de cette règle unique :
Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent.
Honorer son père et sa mère
Si nous souhaitons recevoir de nos enfants de l’affection et du respect, nous pouvons nous efforcer d’en témoigner à nos parents. Cela peut être difficile dans certaines situations. Même lorsque l’affection ne va pas de soi, la LexUnica invite à ne pas leur infliger ce que nous ne voudrions pas subir nous-mêmes.
Ne pas tuer
Personne ne souhaite être privé de sa vie. Ne pas tuer autrui revient donc à lui accorder le respect que nous attendons pour nous-mêmes.
Ne pas commettre d’adultère
Si nous ne voulons pas être trompés, nous devons aussi respecter la confiance de notre conjoint. Dans ma lecture de la LexUnica, l’essentiel est de ne pas causer de tort ni de souffrance. Lorsque deux partenaires consentent librement à d’autres relations, la situation diffère de celle d’une tromperie.
La notion de péché relève, à mes yeux, des convictions personnelles. Je considère que les relations sexuelles ne sont pas condamnables en elles-mêmes : ce sont leurs conditions et leurs conséquences pour les personnes concernées qui doivent retenir notre attention. On peut supposer que, dans les sociétés anciennes, notamment nomades, les règles encadrant les unions répondaient aussi à des nécessités collectives. Le contexte social a depuis changé. Cette lecture personnelle ne se confond pas avec les prescriptions religieuses du judaïsme
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Ne pas voler
Nous n’aimons pas que l’on nous vole. La même considération nous conduit à respecter les biens des autres.
Ne pas porter de faux témoignage
Accuser injustement quelqu’un peut lui causer un tort considérable. Porter un faux témoignage transgresse donc la LexUnica : c’est faire subir à autrui une injustice que nous refuserions pour nous-mêmes.
Ne pas convoiter ce qui appartient à autrui
Les biens d’autrui ne nous appartiennent pas. Lorsque la convoitise nous pousse à agir à ses dépens, elle devient une source de préjudice. Renoncer à de tels actes permet de rester fidèle au principe de la loi unique.
Aimer son prochain
Le Lévitique demande de renoncer à la haine, à la vengeance et à la rancune, puis d’aimer son prochain comme soi-même. Ces prescriptions apparaissent ensemble en Lévitique 19, 17 et 18. [2]Le rapprochement avec la Lex Unica est direct : le souci que nous avons de nous-mêmes devient une mesure de notre attention à autrui. Dans le contexte immédiat du passage, il est question des relations au sein du peuple. D’autres textes permettent d’examiner comment cette attention concerne aussi l’étranger.
La réciprocité dans l’enseignement de Hillel
Le Talmud rapporte qu’un homme demanda à Hillel de lui enseigner toute la Torah pendant qu’il se tenait sur un seul pied. Hillel lui répondit, en substance, de ne pas faire à autrui ce qui lui était détestable à lui-même. Il présenta le reste comme un commentaire de ce principe, puis invita son interlocuteur à poursuivre son étude. [3] Cette réponse me paraît particulièrement proche de la Lex Unica. L’invitation à étudier rappelle toutefois que la formule ouvre une réflexion sur la conduite à tenir et ne dispense pas d’approfondir les situations concrètes.
Accueillir et protéger l’étranger
Le même chapitre du Lévitique interdit de maltraiter l’étranger installé dans le pays. Il demande de le traiter comme un membre du pays et de l’aimer comme soi-même, en rappelant aux Israélites qu’ils ont eux-mêmes été étrangers en Égypte. [2] Le souvenir d’une vulnérabilité vécue devient ainsi une raison de prendre soin de celui qui se trouve aujourd’hui dans une situation comparable.
Le Deutéronome présente Dieu comme le défenseur de l’orphelin et de la veuve, et comme celui qui aime l’étranger en lui procurant nourriture et vêtement. Il demande ensuite au peuple d’aimer, lui aussi, l’étranger. [4] Ces passages concernent l’étranger qui vit parmi les Israélites. J’y vois un appui à une exigence humaine plus large : reconnaître les besoins d’une personne même lorsque son origine diffère de la nôtre.
L’entraide dans la vie quotidienne
La Torah donne à la solidarité des conséquences matérielles. En Deutéronome 15, 7 à 11, elle interdit de fermer son cœur et sa main devant un membre du peuple qui manque du nécessaire. Elle demande de lui prêter selon ses besoins et de donner sans regret.[5] Pour le propos de ce site, cette obligation montre que le respect d’autrui appelle aussi une aide concrète lorsque la détresse se présente.
Le Deutéronome prévoit également de laisser la gerbe oubliée et une partie des fruits de la récolte à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve. Dans le même chapitre, il interdit d’exploiter un salarié pauvre, qu’il appartienne au peuple ou qu’il soit étranger, et exige que son salaire lui soit versé à temps. [6] Ces règles relient la bienveillance à la manière de partager les ressources et de traiter ceux dont on dépend pour travailler. Elles nous invitent à regarder les effets de nos décisions sur la vie d’autrui.
Aider sans humilier
Dans son exposé sur la tsedaka, l’aide due aux personnes démunies,Maïmonide insiste sur la manière de donner. Le don doit s’accompagner d’un accueil bienveillant et de paroles réconfortantes. Même lorsqu’on ne peut rien donner, il interdit de rabrouer ou d’humilier la personne qui sollicite de l’aide.[7] Je retrouve ici une conséquence simple de la Lex Unica : nous souhaiterions être secourus sans perdre notre dignité.
Maïmonide place au plus haut degré de cette aide le soutien qui permet à un membre de la communauté juive de retrouver ou de conserver son autonomie, par un don, un prêt, une association ou un travail. [7] Cette attention porte donc également sur l’avenir de la personne et sur sa capacité à subvenir à ses besoins.
Aider même en présence d’un conflit
L’Exode demande de ramener à son propriétaire le bœuf ou l’âne égaré de son ennemi. Il demande aussi d’aider lorsque l’âne d’une personne que l’on déteste succombe sous sa charge. [8] Le désaccord ne supprime donc pas toute obligation envers l’autre.J’y vois une invitation à ne pas laisser l’hostilité décider seule de notre conduite : nous pouvons rendre un service nécessaire à quelqu’un sans approuver ses actes ni partager ses opinions.
Une entraide qui concerne aussi les non-Juifs
Le Talmud précise que l’on doit soutenir les pauvres non juifs avec les pauvres juifs, visiter leurs malades et prendre soin de leurs morts, au nom des voies de paix. [9] Ce passage étend expressément l’entraide au-delà de l’appartenance religieuse.Il donne une forme pratique à la coexistence : la différence de croyance n’empêche pas de répondre à des besoins essentiels.Pour la Lex Unica, cette attention est précieuse, car elle permet à des personnes de convictions différentes de se reconnaître des devoirs réciproques.
La bienveillance au-delà du don matériel
Un autre passage du Talmud distingue le don d’argent des actes de bonté. Ces derniers peuvent engager notre personne autant que nos biens, concerner les riches comme les pauvres et s’adresser aux vivants comme aux morts. [10] La bienveillance peut ainsi prendre la forme d’une présence, d’un service ou d’un accompagnement. J’y vois une possibilité ouverte à chacun : même avec peu de ressources matérielles, nous pouvons consacrer du temps et de l’attention aux autres.
La pratique religieuse et le souci d’autrui
Les prophètes rapprochent également la relation à Dieu et la conduite envers les autres. Dans le livre d’Isaïe, le jeûne attendu est associé à la libération des opprimés, au partage de la nourriture, à l’accueil des personnes sans abri et au vêtement donné à celui qui en manque. [11] Ce passage demande que la pratique religieuse s’accompagne d’actes qui soulagent la souffrance.
Michée présente, pour sa part, la justice, l’amour de la bonté et l’humilité devant Dieu comme des exigences fondamentales. [12]Ces textes m’aident à comprendre pourquoi la bienveillance peut être, pour un fidèle du judaïsme, une manière de vivre sa foi.Une personne athée peut reconnaître la valeur humaine de ces actes tout en conservant ses propres convictions.
Un terrain d’entente autour de la Lex Unica
La Lex Unica ne résume pas à elle seule toute la richesse du judaïsme. J’y vois toutefois une synthèse de la dimension humaine de ces six commandements. Je retrouve cette même exigence dans d’autres religions et traditions de sagesse. Elle peut ainsi offrir un terrain d’entente à des personnes dont les cultures semblent, au premier abord, très différentes.
Ce que la religion peut apporter aux fidèles
La conviction de connaître Dieu et de bénéficier de sa protection peut apporter aux croyants de la sérénité et un sentiment de sécurité. Les fidèles du judaïsme peuvent également trouver une grande force dans l’appartenance à une communauté unie, où se tissent des liens de fraternité.
Ce soutien communautaire se retrouve dans d’autres religions. Il répond à un besoin humain plus large : croyants ou non, beaucoup de personnes ont besoin de se sentir entourées et reliées aux autres.
Les exemples présentés ici prolongent cette réflexion : respecter autrui nous conduit à protéger sa dignité et, selon nos moyens, à lui venir en aide. C’est dans cette pratique quotidienne que je vois la possibilité de rapprocher les convictions autour de la Lex Unica.
Références
Les développements ci-dessus reformulent les passages indiqués. Les citations bibliques déjà présentes ont été conservées à l’identique. Chaque référence ci-dessous est cliquable. Les liens de Mechon Mam redonnent accès à la Bible en hébreu et dans la traduction française du Rabbinat sous la direction de Zadoc Kahn.
[12]Michée 6, 8. Justice, bonté et humilité devant Dieu. Traduction française sur Mechon Mamre.